Un verre « vert » à base de coquilles d’huîtres
Quel est le lien entre des panneaux photovoltaïques, de la fibre optique, des bouteilles en verre et des coquilles d’huîtres ? Leur production génère des quantités considérables de déchets, que le CEA se propose de recycler dans la conception de verres…
Quel est le lien entre des panneaux photovoltaïques, de la fibre optique, des bouteilles en verre et des coquilles d’huîtres ?
Leur production génère des quantités considérables de déchets, que le CEA se propose de recycler dans la conception de verres écoconçus.
Comment ? Pour le savoir, suivez le guide du parfait petit recycleur verrier.
C’est Sophie Schuller, assistante scientifique à l’ISEC qui nous dévoile les ficelles des collaborations tissées entre autres, entre le CEA, les industries verrières, l’université de Toulouse (INP/ENSIACET) et les acteurs territoriaux de l’étang de THAU.
Quel est le but de ces partenariats ?
D’un côté l’industrie verrière cherche à réduire son impact environnemental en recyclant ses rebuts verriers et en réduisant l’extraction minière de matières primaires.
De leurs côtés, les producteurs d’huîtres de l’étang de Thau recherchent des filières de recyclage pour les montagnes de coquilles générées par la consommation d’huîtres.
Sachant qu’il faudra également recycler d’ici 2050 en France 1,8 millions de tonnes de panneaux photovoltaïques (PV) contenant pas moins de 70% de verre, c’est tout naturellement que l’ISEC, fort de son expertise sur les verres de conditionnement des déchets nucléaires, a sauté le pas et fait le pont entre ces mondes en se lançant dans la fabrication de verres écoconçus.
Après 2 ans de recherche et avec l’aide de l’université de Toulouse, qui a développé l’outil de calcul d’optimisation de verres à partir d’assemblages de matières à valoriser, des verres « verts » 100 % écoconçus sont nés.
Quelle a été la recette ?
- Mélanger un verre issu de la délamination par CO2 supercritique d’un panneau photovoltaïque (réalisée par l’ISEC également), du carbonate de calcium présent dans les coquilles d’huîtres, et pas moins de 10 matières minérales secondaires issues de récupération (sable noir de fonderie/fibre de verre/poussières de carneaux/verre clair, etc..),
- Fondre le tout à 1300°C, et vous obtiendrez un verre avec une formulation d’intérêt pour les industriels verriers.

Et après ?
Le programme et les collaborations se poursuivent.
Bien sûr le marché du recyclage des panneaux photovoltaïques est énorme, mais les industriels se heurtent à plusieurs problématiques. L’une d’elle est la difficulté à récupérer « proprement » le verre des PV qui ne doit pas contenir d’impuretés, telles que des polymères ou des métaux par exemple. Le CEA y travaille selon plusieurs méthodes (fil chauffant, lames chaudes, CO2 super critique…).
D’autre part, les PV sont actuellement fabriqués essentiellement en Chine avec de l’antimoine (Sb) pour obtenir un verre ultra clair. Cet élément pose actuellement problème dans les procédés de recyclage du verre en France et conduit à des hétérogénéités lors de la fonte, pouvant entrainer la casse du verre après refroidissement. Des travaux sont en cours au ISEC dans le cadre du projet ANR GRISBI.
C’est pourquoi la stratégie de l’ISEC n’est pas spécifiquement le recyclage du verre des PV pour sa refabrication, mais plutôt l’utilisation de celui-ci dans la formulation d’assemblages de verres aux spécificités propres à chaque client.
Local vous avez dit local ?
Le petit plus de l’ISEC ? Travailler avec des producteurs locaux, comme Owens Corning à l’Ardoise pour l’utilisation de déchets de fibre de verre, l’agglopole de Sète, les producteurs d’huîtres de l’étang de Thau et les producteurs de Picpoul de Pinet pour la fabrication de leurs bouteilles de vin.
Allez, on trinque ?